Depuis le 25 février, s’est ouverte sur l’île de Gorée, une exposition consacrée à la restitution des biens culturels spoliés.

Le commissaire de l’exposition Ku Ñaan Ñakk Soo Jende Am Wagane Gueye entouré de visiteurs…© Baay Cheikh real Joe Gay Ramaka
Pendant la colonisation de nombreux biens ont été volés par la puissance occupante. Une grande partie de l’héritage du continent demeure conservée dans des musées européens. La restitution de ces biens culturels africains par le colonisateur est un débat recurrent dans nos pays. C’est autour de ces questions, que se tient, en marge du colloque scientifique «Souverainetés et restitutions», l’exposition sur la Restitution des Biens Culturels au Musée Historique de Gorée.
L’artiste Wagane Gueye, organisateur et commissaire de l’exposition a fait un important travail de recherche afin de réunir des objets symboles de la mémoire et de cette période coloniale. Pour se faire, il a bénéficé de l’apport de communautés et de bonnes volonté comme Richard Cousinard de la Galerie Mémoires Africaines à Saly et du journaliste, écrivain et cinéaste Cheikh Mouhamadou Djimbira.
Par ailleurs, il a réuni divers artistes au talent avéré comme Lamine Diémé et Ibou Diokhané pour réaliser des portraits parmi les plus grandes figures de la religion et de l’Islam.
De la Khadriya à la Layeeniya en passant par la Tijaaniya et la Muridiya, toutes les confréries sont représentées. Cheikh Saadbou, Cheikh Mohamed Djimbira, Maam Ibrahima Fall, Cheikh Ahmadou Bamba, Maam Limamou, El Hadj Omar ou encore Maam Abdoulaye Niasse et Seydi Hadj Malick, sont, entre autres, mis en exergue.
La présence importante des figures religieuses dans cette exposition autour de la restitution est dûe au fait que ces dernières, qui jouaient un rôle central dans la construction de nos imaginaires, étaient dans la ligne de mire du colon qui les surveillait comme du lait sur le feu essayant de perturber leur existence et leur volait, au gré des troubles, un nombre incalculable d’objets précieux.
L’exposition les symbolise par la présence de chapelet, de tapis de prière de l’époque (en peau de mouton en général), des satalas (bouilloire africaine pour les ablutions ) et les fameux alluha (tablette coranique en bois)…
Combien d’objets de ce genre et portant une dimension religieuse profonde, sont encore entre les mains de l’ex colonisateur ? Personne ne le sait avec exactitude. Depuis toujours, les familles religieuses et certaines associations islamiques se mobilisent pour les réclamer à la France notamment.
Malheureusement, même si au compte goutte elle restitue certains biens, le plus gros reste encore entre leurs mains. Pour Wagane Gueye, il serait judicieux de réunir les énergies et de parler d’une seule voix pour les réclamer tous une bonne fois pour toutes.
D’autant plus que la France, suite au discours de son président Emmanuel Macron, avait montré une volonté de procéder à une restitution des biens culturels, jusqu’à encourager la mise sur pied d’une commission dédiée, co dirigée par notre compatriote, l’économiste Félwine Sarr.
Il est clair que le débat est loin d’être clos. Le colloque scientifique « programme international ReTours : géopolitiques, économies et imaginaires de la restitution» entre dans cette dynamique. De 2020 à 2026, ce programme pluridisciplinaire a étudié les pratiques, discours et controverses liés aux retours et aux restitutions des biens culturels au Bénin, au Cameroun, au Mali, au Sénégal, mais aussi en France, Allemagne et Belgique. Les biens culturels appartiennent-ils exclusivement à l’Afrique désormais ? Quelles places doivent-ils avoir à leur retour en Afrique ? Ce retour doit-il etre définitif ? Autant de questions qui alimentent la réflexion.
En attendant, l’exposition sur la Restitution des Biens Culturels participe de fort belle manière à cette réflexion: Grâce à Gorée d’abord, l’île chargée de symbole, le musée historique ensuite mais aussi le sable qu’on a fait venir du continent pour être étaler dans les différentes salles abritant l’exposition, et enfin grâce aux khassaïdes des divers confréries abreuvant de façon délicate les oreilles du visiteur.








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