À l’occasion de la Journée internationale de la femme, Kirinapost publie 8 portraits de femmes Saint-Louisiennes parus dans le journal espagnol El Pais. Sous la plume de d’Angeles Lucas, le dernier article de la série est consacré à Coumba Sow, à l’époque, coordinatrice du bureau de l’Organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) pour la résilience en Afrique de l’Ouest et au Sahel, à Dakar. Après un passage remarqué comme représentante résidente et directrice pays de la FAO au Rwanda, elle est aujourd’hui représentante du Secrétaire général et coordonnatrice résidente du système de l’Organisation des Nations-Unies au Togo.

Coumba Sow, à l’époque coordinatrice du bureau de la FAO pour la résilience en Afrique de l’Ouest et au Sahel, à Dakar, au Sénégal © Marta Moreiras
Coumba Sow a pris ses fonctions de chargé de mission pour l’Afrique auprès du directeur général de la FAO à l’âge de 35 ans. Elle dirige désormais le département de la résilience dans la partie occidentale du continent.
Pour se définir, elle commence par ses ancêtres. Deux d’entre eux, ont leurs noms qui ornent les rues de l’île Saint-Louis au Sénégal : l’un du côté maternel, au sud, et l’autre du côté paternel, au nord. Entrer dans sa ville natale, c’est comme être accueillie par tous ces aïeux. « Il y a également, l’érudit Ahmet Ba qui fut Imam Ratib de la ville, et Assane Diop Pathé, qui a lutté pour les droits sociaux et faisait partie du premier Conseil général du Sénégal en 1948. Ces deux-là étaient des leaders de changement », dit Coumba Sow, coordinatrice du Bureau pour la résilience en Afrique de l’Ouest et au Sahel de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Elle arrive fièrement au nouveau siège de Dakar, vêtue d’une robe indigo éclatante, traditionnelle de sa ville. « C’est comme ça qu’on s’habillait là-bas, avec la robe coupée au-dessus de la taille, comme les anciennes femmes signares », dit-elle en souriant, en référence aux femmes mulâtresses qui ont acquis pouvoir et statut social pendant la colonisation française. « Saint Louis a toujours été une ville de femmes merveilleuses », déclare-t-elle avant de mentionner la grande auteure Aminata Sow Fall ou l’actrice culturelle, la griotte Coumba Fall Leonie.
Elle a débuté à 35 ans comme chargée de mission Afrique au sein du bureau du Directeur général de la FAO et a passé près de cinq ans à parcourir le monde, participant à des réunions de haut niveau, donnant son avis sur des décisions cruciales et rencontrant les dirigeants les plus influents de son continent. « Je n’ai jamais eu de difficultés à progresser. Si vous êtes compétente, personne ne pourra vous dire que vous êtes une jeune femme à ce poste. Si vous êtes capable d’assumer les responsabilités, personne ne vous arrêtera. Vous prendrez les rênes, et d’autres femmes pourront par la suite en faire autant », confie Sow dans son nouveau bureau, encore vide, avec toutes ses affaires emballées dans des cartons qui ne sont là que depuis deux jours. Elle ajoute : « C’est peut-être plus difficile de se faire entendre parce qu’on est jeune et femme que parce qu’on est femme. Quand on entre dans une salle de réunion, si une femme plus âgée est présente, on l’écoute plus facilement. »
Peut-être est-il plus difficile de se faire entendre parce qu’on est jeune que parce qu’on est une femme.
Elle était déjà habituée à côtoyer des hommes lorsqu’elle a étudié l’agriculture en France, dans un milieu majoritairement masculin. Et c’est grâce à un homme qu’elle est restée attachée à la terre : son père. « Il m’a transmis sa passion pour l’agriculture. Il était ingénieur agronome, et même s’il est décédé quand j’étais enfant, j’ai eu la chance de visiter de nombreuses régions du Sénégal avec lui. Il était cultivateur dans un champs ou il passait énormément de temps, éleveur, il m’a parlé des plantes, des sols, des vergers… Nous avions un jardin fruitier à la maison aussi, et il adorait les roses qu’il produisait », se souvient-elle avec tendresse. « Il n’est donc pas étonnant que j’aie décidé de m’y consacrer. » Elle se rappelle ensuite comment sa mère lui a offert un livre de la FAO trouvé dans ses affaires et sans doute d’une des mission de son père. « Je suis née à Saint-Louis, la ville de la beauté, où l’on se sent tellement bien, mais en la comparant aux autres endroits du monde que j’ai visités, je sais que nous devons faire quelque chose de plus pour la préserver, l’améliorer », dit-elle en joignant les mains.
Elle a trouvé auprès des femmes africaines les meilleures alliées pour réaliser les objectifs qu’elle tient de son père. « Elles sont très résilientes et transforment le visage de l’agriculture en Afrique. Elles produisent, transforment et vendent. Ce sont d’ailleurs les plus grandes productrices de riz du département de Saint-Louis. Je constate que la révolution agricole est menée par les femmes. Elles sont de plus en plus nombreuses à posséder et à sécuriser des terres », affirme-t-elle. « Il suffit qu’elles aient des opportunités. Si elles sont trop pauvres ou peu informées, il leur est difficile de participer au débat et à la production mais elles trouvent leurs propres solutions, même sans être visibles. Le point positif, c’est que cela change. Nous ne devons pas attendre que d’autres agissent pour nous ou nous sollicitent », conclut-elle. Pour ces femmes, elle a lancé en 2018 le projet « Un million de réservoirs pour le Sahel », inspiré du programme brésilien Faim Zéro, afin de fournir de l’eau potable et de l’eau pour l’agriculture à des milliers de personnes.








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