Commerce : les portefeuilles électroniques chinois numérisent l’informel africain

Momar Dieng • Derrière son bureau situé sur la grouillante avenue Blaise Diagne à Dakar, Demba Sarr Ndiaye (nom d’emprunt) fixe d’un œil protecteur la montagne de marchandises qu’il vient de convoyer depuis la Chine. Elles sont stockées dans le grand espace neuf qui lui sert de salle d’exposition au rez-de-chaussée d’un gigantesque immeuble.

Un reportage du journaliste Momar Dieng pour Impacts.sn 

Après quelques semaines avec ses partenaires chinois, il est rentré au pays après avoir effectué ses transactions avec Alipay, un des principaux moyens de paiement mobile en Chine. Pour ce commerçant expérimenté, ce  portefeuille numérique présente des avantages et commodités que les banques classiques ne peuvent lui offrir en tant qu’importateur. D’où « l’engouement croissant » des commerçants sénégalais pour les solutions de paiement mobile chinois.

« Les frais appliqués par les banques sénégalaises sont élevés et insupportables dans la durée », fait-il remarquer. Selon lui, un virement de 3 000 euros (environ 1 968 000 FCFA) pour un partenaire peut coûter 400 000 FCFA de frais, soit plus de 20 % du montant de la transaction, avec un délai de réception d’une semaine. « Ce qui est long ».
 Quand un importateur établi au Sénégal passe par une banque locale pour faire un transfert en FCFA à son fournisseur chinois, celui-ci reçoit l’argent en Yuan dans une banque chinoise et procède à l’expédition de la marchandise commandée vers Dakar (plus souvent par bateau que par avion). Le procédé respecte les dispositions de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) en matière d’importations : le franc CFA est la monnaie du business, l’intermédiaire est un établissement financier local agréé, la banque réceptrice est une entité reconnue par le système international.
Mais cette procédure légale est de plus en plus concurrencée par un système de contournement que des commerçants jugent plus efficace et moins onéreux pour leurs affaires.
 En remettant du FCFA à un intermédiaire informel (donc non agréé) établi au Sénégal ou en Chine, le commerçant en reçoit l’équivalent en Yuan dans son portefeuille électronique Alipay ou WeChat Pay. Les frais de change tombent dans la poche de l’intermédiaire informel car la banque locale a été contournée.
À partir de ce moment, les opérations de ce circuit informel deviennent une zone grise pour la BCEAO. Un système parallèle fonctionne. Le paiement du commerçant sénégalais, lui, est comptabilisé dans l’écosystème numérique chinois.
Alipay, propriété du géant de la fintech chinoise Ant Group, est la principale application de paiement mobile en Chine. Sa plateforme met en relation acheteurs, banques (chinoises) et vendeurs auxquels elle sert d’interface pour le règlement financier de leurs transactions.
Selon le groupe de recherches privé allemand Statista spécialisé dans les statistiques et études de marchés, Alipay revendique plus d’un milliard d’utilisateurs dont 700 à 720 millions d’utilisateurs actifs mensuels en 2026. WeChat Pay est l’autre mastodonte du secteur des paiements numériques chinois. Il appartient au groupe Tencent… Lire La Suite ICI 
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