Depuis l’annonce, en septembre 2025, de la mise en service du Grand barrage de la Renaissance Éthiopien (GERD) sur le Nil bleu, aucun accord contraignant ne régit entre l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan le remplissage et l’exploitation de l’ouvrage. Cette impasse soulève deux questions simples mais rarement traitées ensemble : pourquoi l’Égypte n’a-t-elle rien fait pour empêcher le projet ? Ce dernier constitue-t-il une menace réelle pour son agriculture ? Source: Orient XXI

Guba, le 9 septembre 2025. Le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed prononce un discours lors de la cérémonie officielle d’inauguration du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD). LUIS TATO / AFP
Entamée en 2011 par Addis-Abeba, la construction du Grand barrage de la GERD a immédiatement suscité l’hostilité de l’Égypte inquiète de la remise en cause des quotas d’eau du Nil dont elle peut disposer. Après l’achèvement de la quatrième phase de remplissage en septembre 2023, le barrage a été inauguré en septembre 2025. Malgré tous ses efforts, Le Caire n’a pas réussi à stopper le projet et reste isolé sur le plan régional. Le Soudan, qui partage pourtant les préoccupations techniques de l’Égypte sur la coordination des lâchers d’eau, est paralysé par sa propre guerre civile. Et il ne pourra redevenir un partenaire actif que si la situation politique se stabilisait. Quant à l’Union africaine, elle n’a produit aucun mécanisme contraignant après dix ans de médiation. La Ligue arabe a exprimé un soutien constant au Caire, mais purement rhétorique, sans capacité de pression réelle sur l’Éthiopie.
Il serait toutefois inexact de parler d’isolement total. L’Égypte conserve un appui de poids au niveau international, notamment à Washington, qui reste un soutien important sur ce dossier, même en l’absence d’intervention états-unienne directe et décisive. L’Égypte affirme qu’elle s’appuie sur les principes du droit international relatifs à l’utilisation équitable et raisonnable des eaux transfrontalières, à la prévention d’un dommage significatif et à la coopération entre États riverains, ainsi que sur la Déclaration de principes de 2015, signée par l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan à propos du GERD. La portée de ces principes et leur application au différend restent toutefois contestées, notamment en ce qui concerne les accords bilatéraux antérieurs auxquels l’Éthiopie n’est pas partie. Mais cet isolement relatif relève moins d’une faiblesse du dossier juridique égyptien que d’une absence d’architecture institutionnelle régionale capable de transformer un argument de droit en pression effective. Par exemple, en octobre 2024, six pays du bassin du Nil ont fait entrer en vigueur un accord-cadre sur la coopération dans le bassin, auquel l’Égypte et le Soudan n’ont pas adhéré, illustrant les divisions persistantes sur le cadre institutionnel.
Limites de l’option militaire
La retenue égyptienne a souvent été interprétée comme un aveu de faiblesse militaire. Il ne s’agit pourtant pas d’une incapacité : l’Égypte dispose d’une force aérienne et de moyens régionaux substantiels. Il s’agit d’une réticence à les employer, pour des raisons pratiques, mais aussi pour des raisons plus profondes, à la fois politiques, psychologiques et historiques.
Sur le plan pratique, le GERD se trouve à environ 1 400 kilomètres au sud de l’Égypte, ce qui impose un ravitaillement aérien complexe pour toute attaque. Une opération lancée depuis des bases soudanaises réglerait ce problème de distance, mais exposerait des moyens militaires avancés à l’instabilité politique du Soudan et risquerait d’entraîner ce dernier dans un conflit majeur avec l’Éthiopie. Lire La Suite ICI








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