Dakar 2050, par-delà les querelles de clocher

Un an. Un an déjà que les promesses d’un renouveau municipal résonnent dans notre capitale. L’avènement d’une nouvelle équipe, portée par un budget ambitieux de 88,4 milliards de FCFA (dont plus de 57 % consacrés à l’investissement), devait enfin dessiner le Dakar de nos rêves. Pourtant, sur de nombreux chantiers cruciaux, nous restons profondément sur notre faim, englués dans les calculs de la politique politicienne.

L’âme de notre ville se renouvelle à chaque génération. Gaston Berger nous rappelait que le présent n’est intelligible qu’en fonction de l’avenir. Alors, posons-nous la question ce vendredi : Que sera Dakar en 2050 ?

Des efforts réels, mais un impact invisible

Il serait injuste de nier le travail abattu. Sur le plan médical, l’ouverture du centre de dialyse de Liberté 6 (240 patients pris en charge par semaine) et l’extension du pôle Mère-Enfant d’Abass Ndao sauvent des vies.
Le déploiement de l’éclairage public renforce la sécurité de nos nuits. Enfin, la perspective historique des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) de Dakar 2026 a enclenché un programme de pavage et de désencombrement de nos grandes artères.
Mais pourquoi le Dakarois étouffe-t-il toujours ? Parce que ces actions fragmentées sont systématiquement balayées par une démographie galopante (100 000 nouveaux résidents par an ) et une absence de vision globale.

Le cancer des conflits de compétences : l’exemple du littoral

Le véritable blocage réside dans la guerre permanente que se livrent la Mairie de Dakar et les structures de l’État central. Au lieu d’une synergie salvatrice, nous assistons à des luttes d’ego institutionnelles où le citoyen est le seul perdant. Regardons nos plages : alors que la municipalité installait des équipements sportifs pour permettre à notre jeunesse de s’entraîner sainement, l’AGETIP est venue déboulonner et enlever ces infrastructures, sans sommation Dakaractu. Comment peut-on parler de promotion du sport et de préparation des JOJ 2026 quand les bras armés de l’État et les élus locaux se livrent une guerre de tranchées sur le dos des usagers ? Cette rupture de dialogue paralyse la gestion de notre Corniche.

Le piège de la vie chère : un ajustement silencieux

Pendant que les institutions s’affrontent, Dakar s’enfonce dans le piège de la deuxième ville la plus chère d’Afrique. Un ajustement structurel silencieux s’opère sous nos yeux : tout flambe (loyers, électricité, panier de la ménagère), asphyxiant la classe moyenne.
Cette cherté excessive a un effet dévastateur immédiat : notre tourisme se meurt et notre bouillonnement culturel s’éteint. Les coûts d’exploitation exorbitants découragent les initiatives, et le manque d’espaces sécurisés empêche nos artistes de vivre de leur art, tuant l’économie créative d’une ville qui fut jadis le phare culturel du continent.

Brainstorming citoyen : Imprimer une puissance performative

C’est en saturant l’espace public d’utilité collective que la Mairie imprimera sa puissance performative. Les métaphores de guéguerre institutionnelle appartiennent aux livres d’Histoire ; la paix sociale et le bien-être des populations se construisent dans un aménagement urbain structuré et la défense du panier de la ménagère.

Face à ces urgences, voici 4 pistes concrètes pour passer des conflits stériles à l’action salvatrice :

1. Imposer une table ronde (Mairie – AGETIP – Urbanisme)

Il faut signer un moratoire pour harmoniser les projets sur le littoral. Les équipements sportifs doivent être réinstallés et cogérés pour le bien de la communauté.

2. Pérenniser le désencombrement post-JOJ 2026 :

3. Les zones libérées pour l’échéance de novembre 2026 ne doivent pas être nettoyées de façon éphémère. Elles doivent devenir des zones piétonnes, des voies cyclables et des espaces verts inaliénables.

4. Créer des « Zones Franches Culturelles et Touristiques » :

Utiliser le levier fiscal municipal pour alléger les taxes pesant sur les galeries, théâtres, restaurants et réceptifs afin de relancer l’attractivité de la capitale.
Réguler l’immobilier et protéger nos assiettes en activant des brigades du logement strictes, surtaxer les logements volontairement laissés vides (Almadies, Plateau, Point E) et sanctuariser la zone maraîchère des Niayes pour stabiliser le coût de l’alimentation.

Monsieur le Maire, Abass Fall, passez de la gestion de quartier à l’Histoire !
Être le maire de Dakar exige une stature historique. La ville ne peut plus être l’otage de blocus administratifs ou de calculs électoraux. Comme le prophétisait le Président-poète Léopold Sédar Senghor, Dakar est une affaire de conscience économique, de science et de culture. Pour que l’Africain nouveau puisse s’élancer de nos côtes, il faut du courage, du dialogue institutionnel ferme et une planification tournée vers l’humain.

Les JOJ 2026 frappent à nos portes; saisissez cette rampe de lancement, baissez le coût de la vie urbaine, et forcez le partenariat avec l’État. Agissez pour Dakar, agissez pour l’histoire.

Excellent Jumaah à tous. À vendredi prochain !

©Papalioune Dieng

 

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Khady Gadiaga est une communicante de profession. Elle a capitalisé 25 ans d'expérience professionnelle dans différentes entreprises où elle a respectivement occupé les postes de Product Manager, Directrice Commerciale et Marketing, notamment dans les secteurs de l'industrie médicale et textile en Europe et en Afrique. Ancienne directrice du marketing du Festival Mondial des Arts Nègres (FESMAN) de 2005 à 2010, elle a coordonné et orchestré le volet communication et marketing de ce grand rendez-vous culturel. Khady est passionnée de culture, des grandes idées et des mots, elle met sa plume au service des causes justes, parmi lesquelles, la paix et la concorde et la liberté. À ce titre, elle a été directrice de la rédaction, à Debbo Sénégal. Cette ancienne étudiante en Langues étrangères Appliquées à l'économie et au droit à University of Nice Sophia Antipolis, est aujourd'hui Directrice générale à Osmose (Agence de communication Globale) et depuis 2011, met en pratique sa riche expérience en qualité de Consultant expert Sénior en accompagnant les organisations du secteur privé, public et institutionnel en terme de conseils, de coaching et de suivi-évaluation de projets et programmes. Les chroniques de cette dame de aux centres d'intérêts éclectiques, sont désormais sur Kirinapost.

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