Contre le mythe des « découvertes », une Afrique qui naviguait, commerçait et bâtissait déjà des mondes connectés.
Pendant longtemps, l’histoire a laissé croire que la mondialisation était née avec les grandes découvertes portugaises. Les recherches historiques et archéologiques récentes racontent une autre histoire : plusieurs siècles avant Vasco de Gama, l’Afrique participait déjà à un vaste espace d’échanges reliant l’océan Indien, l’Arabie, la Perse, l’Inde, l’Asie du Sud-Est et la Chine.
Dès le VIIIe siècle, les cités swahilies de Kilwa, Mvita (Mombasa), Malindi, Pate ou Lamu formaient une brillante civilisation maritime africaine. Grâce aux vents de mousson, elles exportaient l’or du Zimbabwe et du Mozambique, l’ivoire, les bois précieux ou les écailles de tortue et recevaient des marchandises venues de toute l’Asie. Les archéologues y ont retrouvé des porcelaines et des monnaies chinoises, preuves de ces échanges anciens.
Cette mondialisation favorisait aussi la circulation des techniques, des savoirs et des populations. Madagascar est née de ces rencontres entre peuples africains et austronésiens. En 1414, une girafe venue d’Afrique orientale fut offerte à la cour impériale chinoise, illustrant les liens diplomatiques qui unissaient déjà ces régions du monde.
Les travaux d’historiens comme Li Anshan et d’archéologues comme Augustin Holl rappellent que l’Afrique n’était pas une périphérie, mais un espace d’innovation et de connexion. Ses sociétés avaient développé leurs propres réseaux commerciaux et maritimes bien avant l’expansion européenne.
Les diasporas africaines de l’océan Indien participèrent elles aussi à la construction des sociétés contemporaines. Les Sidis d’Inde furent marins, soldats, administrateurs et parfois souverains. Des communautés africaines anciennes ont durablement marqué les cultures, les langues et les traditions de l’Inde, du Golfe, de Madagascar et des îles de l’océan Indien.
L’histoire de ces diasporas est également une histoire de résistance. Entre 869 et 883, les Zanj, Africains réduits en esclavage dans l’actuel Irak, menèrent l’une des plus grandes révoltes d’esclavisés de l’histoire mondiale, rappelant que les diasporas africaines furent aussi des acteurs politiques et militaires.
Cette histoire conduit à relativiser certaines certitudes. Vasco de Gama n’a pas inventé la mondialisation ; il est entré dans un système déjà ancien. Selon les récits antiques, le pharaon Nekao II (Nechao) aurait soutenu une circumnavigation de l’Afrique au VIe siècle avant notre ère. Plusieurs traditions rapportent également que l’empereur du Mali Abubakari II aurait lancé une expédition atlantique au début du XIVe siècle, peut-être jusqu’aux Amériques. Si cette hypothèse reste discutée, elle rappelle que les sociétés africaines prenaient elles aussi part aux grandes aventures maritimes.
Les siècles des traites négrières et de la colonisation ont ensuite affaibli le continent et l’ont souvent placé au cœur de mondialisations imposées par des puissances devenues dominantes. Mais cette période ne résume pas l’histoire africaine.
L’océan Indien rappelle qu’il exista des époques où l’Afrique était une puissance d’échanges, d’innovation et de création. Son histoire et celle de ses diasporas montrent qu’un continent peut transformer les circulations du monde en ressources de développement. Elles suggèrent aussi qu’après avoir subi des mondialisations agressives, l’Afrique et ses diasporas peuvent, comme elles l’ont déjà fait dans le passé, convertir ces grands courants en instruments de renaissance, de progrès et de souveraineté.
Pour aller plus loin
L’Histoire générale de l’Afrique (UNESCO) : Les nouveaux volumes IX, X et XI développent notamment les notions d’« Afrique globale » et de diasporas africaines.
Li Anshan, China and Africa in Global Context (2022) : un ouvrage qui replace les relations entre l’Afrique et l’Asie dans une histoire longue, bien antérieure à la mondialisation européenne.
Illustrations UNESCO: Sites de Kilwa Kisiwani
Illustration : Ancienne monnaie chinoise découverte au Kenya. Source image: https://www.upi.com/
Illustration: Siddi d’Inde.








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