la lutte a enfin payé, Babacar Ngom renonce à « ses » terres

Babacar Ngom, président du Groupe SEDIMA renonce au titre foncier de 80 hectares que lui contestaient les habitants de Ndingler dans le département de Mbour.

la lutte a enfin payé, Babacar Ngom renonce à « ses » terres, Information Afrique Kirinapost

Abdoulaye Dione Algor, le patriarche de Ndingler © Boubacar Touré Mandémory

Depuis près de dix années une lutte acharnée avait opposé les populations de Ndingler dans la commune de Ndiaganiao à l’industriel Babacar Ngom. Jeudi 29 janvier, le patron de SEDIMA a décidé dans un  «un esprit de paix, de responsabilité et de dépassement» de restituer les terres en question.

L’homme d’affaires précise toutefois que la SEDIMA est le légitime propriétaire dudit titre foncier, acquis conformément aux procédures légales et réglementaires en vigueur.

« Soucieux de contribuer à une issue apaisée à une situation qui n’a que trop duré, il a choisi de prendre de la hauteur et d’inscrire son action dans une démarche responsable et citoyenne », affirme un communiqué de l’industriel .

L’épilogue de ce dossier est proche. Les populations qui ont tant souffert en voyant leurs terres ancestrales dépouillées, peuvent enfin respirer. Le patriarche Abdoulaye Dione qui disait : « je mourrais tranquille si les terres sont restituées à ma communauté» a mené la lutte avec bravoure et honneur. Il vient d’avoir gain de cause.

Ces terres, au delà de l’agriculture qu’ils y pratiquent, représentent leur identité et leur histoire. Les perdre ces terres, c’est perdre leur culture, leur patrimoine, leurs connaissances ancestraux.

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Le brave et digne Algor peut cultiver ses terres à nouveau. « Seule la lutte libère » comme disait Sankara ©Boubacar Touré Mandémory

Le village de Ndingler, fondé au XIXe siècle et situé dans la région de Thiès, est habité par des familles qui pratiquent l’agriculture et l’élevage pour vivre en harmonie avec leur environnement.

En 2012, sans consulter la communauté de Ndingler, les autorités de la commune voisine de Sindia ont alloué 300 hectares de terres du domaine national, incluant 80 hectares exploités par les habitants de Ndingler, à la société SEDIMA pour un projet de ferme agricole. SEDIMA, entreprise sénégalaise spécialisée dans l’agroalimentaire, a obtenu un titre foncier définitif en 2019, revendiquant alors son droit d’exploiter ces terres. Les populations de la contrée se lèverent comme un seul homme pour défendre leur sol. L’industriel fort de ses papiers et de son entregent, on va dire, y déploiera même la gendarmerie pour sécuriser son dû.

Face à cette situation, les notables de Ndingler désignérent leur fils Bassirou Diomaye Faye inspecteur des impôts et habitant de Ndiaganiao, comme étant leur interlocuteur. Ironie du sort, quelques années plus tard, ce dernier est devenu président de la République.

Dès lors, on peut se demander si la position de l’interlocuteur devenu Chef de l’État n’a pas facilitée et accélérée la solution. C’est fort possible. Quelle est la contrepartie de ce renoncement ? Un homme d’affaires renonce-t-il sans contrepartie ? La décoration à la dignité de Grand-Croix de l’Ordre National du Lion, l’une des plus hautes distinctions honorifiques du Sénégal qui plus est remise par le Chef de l’État himself a-t-elle-suffi ? Toutes les interrogations sont sur la table. Tout le monde n’est pas Djily Mbaye, Alioune Sow ou Abdoulaye Dia. En tout cas, les gens épris de justice sont ravis de voir les terres enfin retournées aux populations.

Mieux vaut tard que jamais, pense sans doute le photographe militant Boubacar Mandé Mory qui n’a ménagé aucun effort pour porter le combat des habitants de Ndingler et le montrer à la face du monde.

Seydi Gassama, de Amnesty International a lui aussi était de tous les combats pour la restitution des terres.

Aujourd’hui, Ndingler retrouve la joie. Mais il y a combien de Ndingler dans tout le Sénégal. Les centaines d’hectares que l’on offre à des industriels sans tenir compte du patrimoine historique est une aberration…un crime. L’agro-bussiness, qui est un désastre un peu partout dans le monde, n’en vaut pas la peine !

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Fille de Ndengler © Boubacar Touré Mandémory

 

 

 

 

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