Cette capture du maître-photographe Boubacar Touré Mandémory, date de notre épique périple à Bamako en 2008 pour notre cahier spécial sur le Mali avec feu notre ami Jules Souleymane Ndiaye et le percutant Saer Ndiaye. Que de souvenirs, tu exhumes ainsi, cher Mandémory avec cette image de Babani Sissoko.

Babani Sissoko milliardaire, entrepreneur et philanthrope malien dont la vie fût un odyssée digne des grandes saga cinématographique ©Boubacar Touré Mandémory
Foutanga Babani Sissoko, celui que le Mali et l’Afrique ont affectueusement baptisé Baba Sora, ne fut pas simplement un homme ; il fut un météore, une légende vivante qui a défié les lois de la probabilité et les frontières du réel.
Le portrait de cet homme est celui d’une générosité hors du temps.
Là où d’autres accumulaient pour régner, Sissoko semblait posséder pour donner.
Dans son village de Dabia, il n’était pas le milliardaire distant, mais le « père » providentiel qui transformait la poussière en bitume, érigeant des écoles et des hôpitaux là où le besoin criait. Pour beaucoup, il incarnait cette figure presque mystique du protecteur, capable de faire pleuvoir la chance sur les plus démunis d’un simple geste de la main.
Son parcours est une épopée baroque, teintée d’un mystère que la raison peine à saisir.
Entre l’audace inouïe de l’affaire de la Dubaï Islamic Bank et l’envol de sa compagnie Air Dabia, il a navigué entre les mondes avec l’aisance d’un magicien. On a parlé de miracles, de magie noire, de charisme hypnotique ; mais au-delà du folklore, il y avait l’homme qui, un jour, a décidé que les limites imposées par sa naissance ne seraient jamais les siennes.
Pourtant, c’est dans sa chute, ou plutôt dans son épure finale, que Baba Sora devient véritablement touchant. Finir sa vie dans le dépouillement, après avoir brassé des centaines de millions de dollars, n’est pas l’aveu d’un échec, mais l’acte final d’un homme qui a consommé sa propre existence sans retenue.
Sissoko nous laisse l’image d’un funambule de la fortune. Il nous rappelle que la richesse ne vaut que par l’éclat qu’elle met dans les yeux des autres.
En s’éteignant en 2021, il a emporté avec lui le secret de ses coffres, mais a laissé derrière lui le souvenir indélébile d’un homme qui, le temps d’un souffle, a fait croire à tout un peuple que l’impossible n’était qu’une illusion.
C’était Baba Sora : un homme atypique, une ombre immense sur le Sahel, et surtout, un cœur qui a battu trop fort pour un monde trop étroit.








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