La célèbre fresque signée Pape Ibra Tall à la place de France dans la ville de Thies a été complètement effacée…par la mairie. Pour « réhabilitation » s’est-elle empressée de justifier devant le tollé que cette décision incompréhensible contre l’œuvre d’un artiste majeur du Sénégal a suscité.
« Ces travaux visent une restitution intégrale de la fresque, dans le strict respect de l’œuvre originale, de son sens, de sa symbolique et de l’héritage artistique de son auteur» a déclaré la mairie pour expliquer l’effacement de la fresque thiessoise.
Cette fresque mosaïque faisait la fierté de Thiès et représentait un héritage colossal même si il faut le reconnaître, personne ne s’est préoccupée de son entretien ! La mémoire, le patrimoine, on ne sait pas ce que cela signifie vraiment. Ce n’est pas propre à Thies ! C’est sénégalais !
À Dakar, des arbres centenaires, témoins du temps qui passe, ont été rasés sans sourciller. À Saint-Louis, l’actuel maire en souhaitant réaménager une cité déjà optimalement aménagée, sans faire appel à des architectes de l’ancien, a complètement défiguré la ville. Résultat des courses: quand il pleut sur la vieille ville, la devanture du mythique hôtel de la Poste est inondée.
La ville de Thiès n’est pas en reste. Et l’actuelle majorité municipale n’en est pas à sa première bourde ! Les fameux caïcedra qui faisaient le charme de la cité du rail ont été presque tous rasés…pour moderniser.
La modernité, voilà le mot qui fait gigoter certaines autorités sans rien n’y connaître. Pour beaucoup d’ailleurs le moderne rime avec « Dubaï », bling-bling…les chemins de l’enfer ne sont-ils pas parsemés de bonnes intentions ? Leur donneriez-vous les clés de Paris, ces autorités, qu’elles s’empresseraient de détruire les bâtiments hausmaniens pour faire moderne. Vous les désignez maire de Mopti, elles changent la façade de ces mosquées millénaires par du clinquant chinois. N’-a-t-on pas effacé le 17, rue Jules Ferry et abandonné la maison Sembene ? La liste des forfaitures est longue. »Pour comprendre le présent, il faut comprendre le passé, pour savoir où on se situe, il faut savoir d’où l’on vient » nous a enseigné Ngugi Wa Tiong`o.
Le maire de Thiès se défend de vouloir «effacer» le passé, il veut «réhabiliter». Dans ce cas, pourquoi enlever toute la céramique ? Il n’ y avait-il pas d’autres moyens de réhabiliter ?
Pas conscient qu’il a détruit à jamais la fresque, le maire de Thies s’est précipité en réponse à l’interpellation du ministre de la culture Amadou Ba, de dire que la mosaïque allait être reproduite à l’identique. Il ne sait pas que ça ne sera plus Pape Ibra Tall. Même si les artistes choisis pour la réhabilitation sont talentueux, ils ne pourront, à la place, que servir une copie, non plutôt un faux…un faux, bien fait, ça existe !
L’art est si singulier, qu’un auteur ne peut-être copié à l’identique. C’est pourquoi on parle de propriété intellectuelle et de droits d’auteurs. Seul espoir: les points de repères de l’auteur pour poser la fresque sont-ils toujours visibles ? Car à défaut de perdre la fresque originelle, gardons au moins le traçage originel de Pape Ibra Tall…il ne reste que ça à faire…
Ce feuilleton interpelle notre rapport à la culture.Quiconque se rend à l’intérieur du pays le constate: la destruction du patrimoine est systématique. Récemment en parcourant le Cayor, j’ai eu cette réflexion en regardant défiler ces baobabs centenaires qui ont sans doute vu passer Serigne Touba, Ngoné Latyr, El Hadj Malick Sy, Xadi Madiaxaté Kala…. » Quand Kebemer et environs deviendront des magalopoles, que Dieu leur donne des autorités attachées à la mémoire et au patrimoine historique afin qu’elles sauvegardent des traces qui feront sens… »
Lors du colloque international consacré à Fanon en décembre dernier, Souleymane Gueye membre du FRAPP avait fait une suggestion pertinente sous forme d’interrogation: « pourquoi les élèves doivent attendre la Terminale pour commencer des études de philosophie et pourquoi ne pas introduire à l’Ecole Nationale d’administration, des cours de mémoire, de culture, d’art et de patrimoine.» L’idée est extrêmement pertinente. Permettre aux futurs préfets, gouverneurs, inspecteurs des impôts, des douanes, des finances, et futurs hauts fonctionnaires dont certains seront tentés aussi par la politique, d’avoir une connaissance fine de ce qu’il faut préserver, transmettre et protéger…c’est ainsi qu’on saura comment effacer pour moderniser. L’ignorance est plus obscure que la nuit disent les peuls.








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