Comment une vie peut-elle basculer sans qu’aucun élément matériel nouveau n’ait été apporté ?( Par Fanny Bauer- Motti)

Fanny Bauer- Motti est psychologue clinicienne, docteure en psychologie et en psychopathologie. Son champ de travail tourne autour de l’analyse des dynamiques qui façonnent nos émotions, nos pensées et nos relations. Proche de Tariq Ramadan, elle a pris la parole et la plume, dés les premières heures de l’accusation contre le penseur suisse pour dénoncer un acharnement et un traitement médiatique à charge. Acquitté, dans un premier temps, Tariq Ramadan vient d’être condamné en appel sans nouvelles preuves.

Fanny Bauer- Motti • Il y a deux ans, dans une salle d’audience à Genève, le Tribunal correctionnel rendait un jugement limpide : acquittement. La raison ? L’absence d’éléments matériels pour confirmer les accusations. « Aucun fait corroboré », notait le jugement.

En appel, le verdict bascule : coupable, trois ans de prison dont un ferme. Non pas grâce à de nouvelles preuves matérielles, mais à une relecture de notes et de témoignages. Parmi elles, une note rédigée en 2018 pour un rendez-vous de 2008, et une autre où le thérapeute tutoie sa patiente — des éléments qui interrogent sur la fiabilité et la neutralité attendues en justice.

Et voici qu’en juillet 2025, le Tribunal fédéral, ultime gardien du droit, tranche à son tour. Mais son rôle n’est pas de rejuger les faits, seulement de vérifier s’il y a « arbitraire ». Il confirme donc la décision d’appel, tout en reconnaissant implicitement qu’il ne s’agit pas de dire si Tariq Ramadan est coupable au-delà du doute raisonnable, mais seulement si le raisonnement des juges est tenable. Or le doute demeure intact.

Cette histoire n’est pas seulement celle d’un homme. Elle interroge notre rapport à la justice : comment, dans un État de droit, peut-on condamner sur des fragments, alors que le premier jugement avait rappelé l’exigence fondamentale de preuves solides ? Comment une vie peut-elle basculer sans qu’aucun élément matériel nouveau n’ait été apporté ?

C’est pourquoi nous appelons à une réévaluation de cette affaire et soutenons le recours devant la Cour européenne des droits de l’homme. Car, au cœur de cette tempête judiciaire, il ne s’agit pas seulement d’un homme jugé, mais de la crédibilité même de notre système de justice.

 

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