Terre de Centrafrique, terre de merveilles devenue caverne d’Ali Baba dont tous les « Quarante voleurs » du monde cherchent le Sésame.
© Michel Ouabanga, peintre centrafricain, 2012.
Bénédiction dont le fruit est devenu champ de bataille, humain et environnemental, depuis plus de six décennies, au moins.
Victime de sa richesse, tout le monde la veut, le sang aux yeux. Et l’équation est bien plus complexe que simplement la « folie de la direction nationale » qui prévaut aujourd’hui pour certains de ses fils.
La mémoire courte à deux vitesses, la diversion, l’avidité aveugle et les égo surdimensionnés sont ce qui tuent le sens critique le plus élémentaire au sein de ce qu’on appelle communément « l’élite politique ». Il suffisait jusqu’à un temps, de se balader les yeux ouverts dans les rues de Bangui, pour ressentir la fracture entre le monde des Grands aux affaires et de celui des Petits dans la débrouille. Avec l’Espace entre les deux globalement habité par la suffisance et le détachement.
Les réponses et les émotions sont toutefois bien là. Ceux qui ont la volonté de les écouter, les entendent. Elles vivent parmi les racines d’un peuple centrafricain dont la voix reste le plus souvent inaudible et ignorée, martyrisé par l’empoisonnement au long cours d’une existence qui se voudrait digne et prospère. Si les souvenirs demeurent cuisant bien que curarisés, dominés par une peur viscérale traditionnelle, c’est qu’aucune justice n’a été faite en profondeur.
Un peuple dont les souffrances ont de tous temps servis d’alibis stratégiques d’un opportunisme aux appétits multiformes et aux interêts politiques et historiographiques des uns et des autres. Au point où même les opportunités de jours meilleurs pour tous sont aujourd’hui occultées à la faveur d’une idéologie promise comme révolue dès 1960, mais survivant malgré tout, grâce à ses outils empreints de sainteté trompeuse.
Pourtant l’âme de la forêt centrafricaine, de ses sols de couleur ocre et de ses trésors, continue en silence à honorer ses ancêtres inamovibles, gardiens d’une terre qui ne mourra jamais. Le Temps est avec eux, vigilant, et prend note de tous les actes posés. Ceux qui veulent entendre savent.
« On entend le fracas des arbres qui tombent, mais pas le murmure de la forêt qui pousse. » – Proverbe africain.
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