Les failles…

Le Sénégal de 1960 n’a rien à voir avec le Sénégal de 2022. Les autoroutes se déploient et s’allongent, les immeubles poussent à une vitesse éclairent. Nous avons inauguré un TER flambant neuf, un stade football que nous envie tout le continent, une ville futuriste… À vue d’oeil, les transformations sont impressionnantes. Si bien que nos arrières grand-parents, seraient contents de leur progéniture s’ils revenaient sur terre. Pas si sûr ! Qu’avons-nous fait de leur héritage immatériel ? Qu’avons-nous fait des valeurs de respect, de solidarité, de pudeur, entre autres, que les anciens ont laissé ici ? Il est clair, que nous nous sommes concentrés uniquement sur le développement économique en oubliant l’essentiel: l’humain, l’identité, la culture…les valeurs.

Les failles de notre société sont nombreuses. Dans les arts, les médias et dans l’éducation, le nivellement vers le bas cause des dégâts, chaque jour un peu plus profonds.

Education 

Enfant, à l’école primaire, nous avions des matières facultatives comme « éducation civique », « éducation sanitaire »ou encore « éducation morale ». On t’apprenait comment aimer ta patrie, ses symboles, la levée des couleurs. On participait à ta socialisation en t’inculquant des valeurs : la courtoisie, le respect de ses aînés, la sincérité, la camaraderie, la propreté, l’amitié, la justice, la solidarité. On t’apprenait les gestes réflexes : toujours jeter les ordures à la poubelle, tirer la chasse après avoir fait ses besoins aux toilettes, toujours laver ses mains une fois à la maison et avant de manger, dire merci à quelqu’un qui nous rend un service, saluer les personnes, taper à la porte et attendre la permission avant d’entrer dans une pièce. Est-ce que ces valeurs existent toujours ?

Depuis plus d’une décennie, le système scolaire sénégalais connaît une crise sans précédent. En 2009, nous sommes passés à côté d’une année blanche. Et les grèves se sont répétées durant les années suivantes. L’année dernière, le taux de réussite national au baccalauréat était de 37,65%? Qu’est-ce qui ne va pas ? Si rien n’est fait, le pire est devant nous. Nous sommes 17 millions de sénégalais et la moitié a moins de 21 ans. Sans sytème éducatif sérieux, se prendre le mur en pleine figure est inévitable surtout quand on pousse ces jeunes à devenir « milliardaire ». En effet, c’est la promesse des élites aux jeunes:  » deviens milliardaire…par tous les moyens ». Du coup, le petit fonctionnaire organise sa petite entreprise, bien « aiguillonné » par le grand…fonctionnaire au dessus de lui devenu richissime. À partir de là, les vagues de jeunes frères à l’assaut des pirogues pour l’Espagne ou l’Europe ne sont pas prêtes de s’estomper.

Les médias

Nous avons comme médias de masse la télévision, la radio, le cinéma, la presse, l’internet, l’affichage. Quel est le contenu de ces médias ? Que valorisent-ils ? Je ne connais pas de programmes télévisés (j’ai bien dit je) qui participent ou sensibilisent sur la discipline, le civisme. La plupart des séries montrent une mauvaise image de la polygamie, encouragent l’adultère, la drogue et l’homosexualité ! Le respect de nos ainés, de nos parents et de nos guides religieux, sont centrales si on veut rester « sénégalais ». Qui s’occupent de ces aspects dans nos médias ? Peu de monde ! Ils s’occupent plutôt d’être les laudateurs de personnes peu recommandables mais immensément riches. Il n’y a pas mieux pour endormir le peuple.

Beaucoup de présentateurs ou d’animateurs sont sans formation. On ne leur demande pas de sortir d’une école de journalisme mais au moins qu’ils soient formés de façon pointue sur l’utilisation de ce médium. Sans formation, il est normal qu’ils ne soient pas conscients de l’impact de leurs messages et comportements envers le téléspectateur souvent fasciné par le petit écran. Si le role model n’est pas à la hauteur, le public, adulte comme enfant, qui copie son langage et sa manière de s’habiller est entrainé dans une dérive certaine. Le mode de recrutement des médias, comme nous sommes dans un monde spectacle (à la télévision surtout), accorde une place importante à l’aspect physiologique au détriment de l’aspect  intellectuel. Le monde du cérébral, de la réflexion est bannie et à la présentation et dans le contenu.Dés lors, on nous impose outre des sexy girls, des clowns, des lutteurs, des chanteurs et des danseurs, (même si je voue un énorme respect pour ces métiers). Cependant qu’en est-il des figures emblématiques et historiques du pays ? Qu’en est-il de ces grands scientifiques qui peuvent inspirer la jeunesse ? Qu’en est-il de ces valeureux guides religieux gardiens de notre identité ? Même dans la religion, l’aspect festif et folklorique est plébiscité.

Arts

Les artistes ont toujours été des porteurs de voix, des conseillers, des modèles, des miroirs reflétant l’imaginaire du pays. Les troupes de théâtre éduquaient le peuple et valorisaient les Us et coutumes. Nous ne sommes plus à l’heure de « Daaray Kocc » où la comédie se faisait sans tenir des propos déplacés. On sensibilisait en faisant rire. Il y avait de la pédagogie, du professionnalisme. Il est important de promouvoir par exemple des séries sur Maba Diakhou Bâ, Serigne Touba, Aline Sitoé, Seydi Hadj Malick Sy, Yacine Boubou, Mame Fawade Wélé, Mame Diarra Bousso, Saïda Marema Niasse, Mariama Bâ, Mamadou Dia, Lamine Senghor, Bour Sine, Hyacinthe Thiandoum… liste non exhaustive. En attendant, la mondialisation est passée par là. Nous nous sommes ouverts qu monde sans garder nos acquis et en nous dépouillant de notre propre identité. côté musique, le Mbalax est aujourd’hui passé de « yaru du la wañi dara » à « na bagass yi dugu »! La plupart des chansons de notre époque parlent d’érotisme ou d’amour. On nous motive sur quoi ? À nous ouvrir au monde en oubliant ce que nous sommes…on est loin de ces propos de feu Thione Seck: « un texte qui n’éduque pas, ne sensibilise pas, n’éveille pas les consciences n’est pas une chanson. »

Dans le rap, on adorait écouter Daara J ou PBS qui donnaient une image d’une jeunesse consciente des différents quartiers populaires de Dakar. Ce n’est plus le » boy Capsi » modèle ou le « boy Médina » animé par la fougue et l’ambition de réussir sans se nuire. Les jeunes rappeurs de notre époque dont on compte les albums comme nos doigts n’hésiteront pas à se faire un nom en se disant que de gros mots.

Les réseaux sociaux

Ani kersa ak yar ? Le plus difficile pour certains est de s’exprimer sans offenser, dans le respect. Parce qu’il est clair que les idées et les prises de position ne sont pas toujours similaires. On s’exprime sans pour autant prêter attention à qui est susceptible de nous lire. On n’hésite pas à dénigrer la foi d’autrui, à insulter. On n’hésite pas à parler de choses dont nous avons aucune certitude. Souvent même, on est confronté à notre égo, notre manque d’humilité. Les gens sont considérés en fonction de leurs followers. C’est ainsi que des personnes sans qualification ni parcours se proclament « Messie » et se donnent la légitimité de raconter des bêtises qui font certes rigoler mais qui sont porteurs de beaucoup de défauts et peuvent causer des dégâts insoupçonnés.

Tandis que nous avons tous pourtant nos failles -que nous feignons d’ignorer- nous encourageons la dépravation des mœurs sur nos statuts. On fout en l’air l’intimité d’une personne et on prie que Dieu nous fasse du « sutura » . On partage des vidéos de personnes exécrables, sans valeurs et on en rigole. On partage tous ceux qui cherchent du buzz. On promeut le culte de la médiocrité.

Pauvreté

Aujourd’hui les ménages sont plus interpellés par la survie que l’éducation des enfants. La course aux dépenses quotidiennes pour le foyer, prend le dessus sur la transmission de valeurs aux enfants. Il est difficile pour certains de pallier les deux. Les parents ont-ils démissionné ? En tout cas, il urge de leur réapprendre à vivre dans une société qui se transforme à une vitesse éclaire.On ne peut servir une nation sans avoir un projet de société. Dans ce projet, l’éducation doit redevenir le point central. C’est un impératif ! La famille a un rôle important à jouer mais l’Etat encore plus. C’est lui qui impulse et donc doit organiser surtout dans un contexte de pauvreté, ce qui est aujourd’hui, avec la santé, une demande sociale forte: l’éducation des enfants. À la décharge des parents (pour la plupart pauvres ) obnubilés par la recherche de la dépense quotidienne, ils n’ont plus le temps à consacrer à leur progéniture. Dans les zones rurales, l’agriculture malmenée par de mauvaises politiques publiques, a rendu pauvres les paysans. Leurs enfants deviennent marchand ambulants à Dakar ou prennent les pirogues pour l' »eldorado » espagnol.

Voici le type de sénégalais qui s’est construit au fil des années, traînant entre insouciance et indiscipline, détourné d’objectifs prioritaires, j’avoue. Je suis le premier concerné. Moi, Toi, Nous, Soyons le changement que nous voulons voir dans notre pays.

PS : Je ne suis pas un mature, je suis juste un citoyen insignifiant mais qui aime son pays. Dewenaty !

 

©: planet.fr

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