L’Aïd sous les bombes : pour les Palestiniens, « le sentiment de joie est éclipsé par le deuil »

La fin du ramadan est habituellement un moment de joie et de rassemblements familiaux. Mais que ce soit au Liban, à Gaza ou en Cisjordanie occupée, les Palestiniens doivent le vivre séparés et sous une pluie de missiles. Source : Philippe Pernot et Jihad Moussa pour Reporterre.

L’Aïd sous les bombes : pour les Palestiniens, « le sentiment de joie est éclipsé par le deuil », Information Afrique Kirinapost

Des Palestiniens se rassemblent près de la mosquée Yarmouk, détruite par une attaque israélienne, pour la prière de l’Aïd el-Fitr à Gaza, le 20 mars 2026. – © Abdalhkem Abu Riash / Anadolu / Anadolu via AFP

Un Aïd sous la pluie, les bombes et le déplacement forcé : si la fin du ramadan offre un moment de joie et de répit, elle n’arrête pas la guerre qui embrase le Moyen-Orient. Le camp de réfugiés palestiniens de Burj el-Barajneh, à Beyrouth, se réveille sous des nuages gris, après avoir célébré la fin du ramadan en famille pendant la nuit du 19 au 20 mars. Soudain, deux explosions retentissent : un avion de chasse israélien vient de passer le mur du son au-dessus de la capitale libanaise. « Ils nous souhaitent un joyeux Aïd », ironise un passant.

Les quartiers alentour de la banlieue sud de Beyrouth sont ravagés par les bombes. « Il y a eu des explosions juste à côté, on a eu très peur. Personne ne peut s’habituer à ça », soupire Shadia Mounif, mère de famille palestinienne de 45 ans, qui nous accueille avec des maamouls, biscuits au beurre fourrés de datte ou de noix. Formés et décorés à la main, ils sont un symbole de l’Aïd, mais aussi de la patience et de la constance palestiniennes.

« Ce ramadan avait bien commencé, mais avec la guerre, ça été vraiment difficile, entre la situation économique dégradée, les bombardements, les ordres d’évacuation », ajoute celle qui tient un minimarché dans une ruelle du camp. L’offensive israélienne a fait plus de 1 000 morts, 2 500 blessés et 1 million de déplacés au Liban depuis le 2 mars. Un grand nombre des habitants de Burj el-Barajneh ont fui, de nombreuses boutiques du camp restent fermées et l’approvisionnement en fruits et légumes est irrégulier.

« Le sentiment de joie est éclipsé par le deuil »

« Grâce à Dieu, nous avons survécu pour l’instant malgré les bombardements incessants partout autour, mais c’est vraiment dur de passer l’Aïd sans pouvoir rendre visite à notre famille dans le sud », dit-elle. Sa mère, âgée de 90 ans, habite dans le camp de réfugiés de Burj el-Chemali, à Tyr, en pleine zone des ordres d’évacuation et sous des bombardements intenses.

« Elle veut rester là-bas pour éviter de subir une nouvelle Nakba, mais elle nous manque terriblement », dit-elle en référence au nettoyage ethnique de la Palestine en 1948 par les troupes israéliennes. Ce scénario est craint aujourd’hui par les habitants du Sud-Liban, alors que les chars israéliens avancent et que des responsables politiques israéliens menacent de transformer un quart du Liban en une « nouvelle Gaza ».

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Des maamouls préparés pour le ramadan dans l’appartement de Shadia Mounif, dans le camp de réfugiés palestiniens de Burj el-Barajneh, à Beyrouth, 20 mars 2026. © Philippe Pernot / Reporterre

Une forme de répit

Pour les Gazaouis, justement, les célébrations interviennent dans une grande fatigue, après deux ans de guerre génocidaire. Depuis le 10 octobre, un cessez-le-feu entre le Hamas et Israël a réduit l’intensité des combats, même si Tsahal a tué plus de 677 Palestiniens depuis lors. « Plusieurs attaques ont eu lieu dans ma région. J’ai ressenti une peur intense et un sentiment de menace ; où que je sois, le danger persiste et la guerre n’est pas terminée », témoigne ainsi Samar Abo Saffia, agronome et activiste environnementale, à Reporterre via WhatsApp.

Après avoir été déplacée plusieurs fois par les bombardements, elle vit avec son mari et sa famille à Deir el-Balah, dans le centre de l’enclave. « Le ramadan de cette année ressemble davantage à celui d’avant la guerre, mais ceux qui ont perdu leur maison continuent de subir les affres de l’exil. Mon mari, par exemple, originaire de Rafah, a perdu sa maison et ses terres, et nous continuons de subir le fardeau de l’exil », ajoute la jeune femme.

« Où que je sois, le danger persiste et la guerre n’est pas terminée »

Elle raconte comment les Palestiniens et Palestiniennes de l’enclave s’accrochent à la vie, célébrant l’Aïd comme ils peuvent. « Les gens essaient de se réjouir avec quelques décorations simples, mais les pénuries d’électricité et de fioul font toujours obstacle à toute activité », témoigne-t-elle. Dès le début de son offensive contre l’Iran fin février, le gouvernement israélien a ordonné la fermeture de tous les points de passage vers Gaza : seuls 200 à 250 camions d’aide humanitaire entrent chaque jour, contre 600 prévus par l’accord et 1 000 nécessaires en réalité.

« Mon plat préféré est le poulet au riz accompagné de légumes. Grâce à Dieu, il était disponible ces derniers temps en quantité suffisante et à un prix raisonnable, mais avec les récentes restrictions au point de passage, les prix ont recommencé à grimper et certains produits ont disparu des marchés », témoigne Samar Abo Saffia. Le prix d’un tel repas, typique de l’iftar (la rupture du jeûne), est passé à environ 150 shekels (41 euros), contre 79 shekels (22 euros) avant la guerre, soit une hausse de 90 %. « Nous attendons de pouvoir reprendre notre travail, et que la vie revienne à ce qu’elle était », dit l’agronome, qui mène des projets d’agriculture urbaine dans les décombres.

En Cisjordanie, un Aïd sous le signe du « nettoyage ethnique »

C’est également le souhait des Palestiniens de la Cisjordanie occupée, en proie à des attaques sans précédent — au point que l’Organisation des Nations unies (ONU) dénonce un véritable « nettoyage ethnique », alors que 36 000 Palestiniens ont été déplacés de force en un an. Ils vivent sous un régime d’apartheid et de terreur, étouffés et assiégés. « Ce ramadan est complètement différent, dominé par la guerre, les attaques militaires, les restrictions et les nombreux checkpoints », témoigne ainsi Abeer al-Butmeh, coordinatrice du réseau d’ONG environnementales Pengon-Amis de la Terre.

À Naplouse, où elle vit, difficile de célébrer alors que les raids israéliens contre des cellules de résistance mais aussi des civils se poursuivent. « La vieille ville était réputée pour son ambiance pendant le ramadan, avec ses souks et ses décorations. Le sentiment de joie est éclipsé par le deuil, presque quotidien, de nouveaux martyrs tués par l’occupation », dit-elle, ayant elle-même échappé à une attaque de colons il y a un mois environ alors qu’elle se rendait à son bureau, à Ramallah. Lire la Suite ICI 

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