Alune Wade l’inclassable !

Il y a quelques années nous rencontrions Alune Wade pour un entretien. Depuis lors, le bassiste court de projet en projet. Il a sorti  entre temps African Fast Food, participé à la réalisation de l’album de Marcus Miller, fait la couverture du livre « Africa is Music » du journaliste photographe camerounais Samuel Nja Kwa, ouvrage qu’il a par ailleurs préfacé et a dirigé le dernier opus des Touré Kunda. Alune Wade sera en concert à l’Européen le 10 décembre ! De bonnes raisons pour revenir sur cet entretien avec cet artiste inclassable.

Alune, credit-photo:Jordi Lagoutte

À première vue, on ne dirait pas un musicien mais plutôt un mannequin. Mine parfaite et soignée, port vestimentaire nickel chrome, il donne toujours l’air d’être sur son 31 ou un premier de la classe. À première vue, son histoire est l’histoire des milliers de « fils de », puisque que son paternel a été chef d’orchestre de la musique militaire. Mais la caricature s’arrête très vite si l’on pousse l’investigation. Alune Wade est un bassiste professionnel d’un talent immense. Agendakar l’a rencontré.

Aicha et moi sommes arrivés avec un peu de retard au lieu du RDV (chez Alune). Vous savez à Dakar ce n’est pas évident : entre les car rapides, les taxis, les chauffards, les piétons indisciplinés, difficile d’arriver à l’heure. D’où la fameuse heure africaine… (Bon j’arrête de trouver des excuses, on était juste en retard et c’était de notre faute ! C’est plus simple non ?).

En bon professionnel, Alune nous attendait… basse en main. Les salamalecs évacués, notre hôte nous invite au balcon. Cadre idéal, des boissons sont servies et c’est parti pour 2 bonnes heures de discussions à bâtons rompus… Alune a évoqué ses débuts en nous racontant les sacrifices consentis, comme marcher des kilomètres pour aller apprendre à jouer. En se rappelant de ces moments, il se dit que si c’était à refaire il n’aurait pas le courage.

Entre deux réponses, Alune nous gratifie de quelques notes venues d’une autre planète. Un jeu précis, exquis d’une sensualité à la mesure de son personnage raffiné et sophistiqué. Dès sa première note on comprend pourquoi tant de grosses pointures lui font confiance.

Aujourd’hui, Alune a joué avec les plus grands: Youssou N’dour, Ismaël Lo, Paco Sery ou encore Joe Zawinul. Ce dernier est, nous raconte t-il, sa plus belle rencontre. Pas étonnant pour qui connaît le regretté pianiste autrichien, membre du mythique Weather Report, et compagnon du non moins mythique Jaco Pastorius.

Décédé il y a à peine 4 ans, le père Zawinul l’a couvé et encensé. Venant d’un tel monument c’est une immense fierté. De quoi avoir la grosse tête !

Mais pour Alune c’est plutôt un fardeau, un sacerdoce. Pas même jouer avec un orchestre philharmonique, Bobby Mc ferrin, Cheikh Tidiane Seck ne lui est monté à la tête. De ses rencontres il a appris à fusionner, à marier les genres musicaux.

Aujourd’hui, il parcourt le monde, joue dans les festivals réputés et s’affirme de plus en plus comme un des plus talentueux instrumentistes de sa génération.

À ce talent, il a ajouté celui de chanteur. Dans son premier album en solo intitulé Mboolo, et souvent aux cotés de Paco Sery, Alune assume de plus en plus ce don. Voix douce, chaude, haut perchée, elle rappelle beaucoup les pères de la rumba d’Afrique centrale.

Le temps passe vite, mais l’homme est tellement généreux dans ses réponses que les questions fusent de partout. Évidemment, on ne se prive pas de le relancer. Ses influences ? Charlie Parker, Jaco Pastorius, Youssou N’dour, Ismael Lo ECT. Son style musical ? Tout simplement du Alune lance t-il ! Autrement dit, la somme de ses rencontres, de ses voyages, additionnée à sa culture urbaine dakaroise et sénégalaise…

Sa culture, il y tient comme à la prunelle de ses yeux. N’empêche, il s’ouvre à l’autre, apprend de leurs coutumes. Ce goût de découvrir et d’apprendre des choses nouvelles lui vient sans doute de ce père chef d’orchestre, de la musique des forces armées, qui lui a très tôt mis entre les mains le solfège et qui l’a toujours encouragé à repousser ses limites. Il ne fallait pas seulement être musicien, il fallait être un excellent musicien !

L’appel du muezzin sonne comme le clap fin de notre échange. Il est temps de prendre congé. Bien sûr nous avons pris le soin de finir nos boissons et nous promettre de nous revoir prochainement. C’est très sénégalais que de promettre à son hôte de le revisiter très vite…

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