AFRIQUE DE L’OUEST: L’ECO un FCFA bis ?

Après des décennies de tergiversation et de dilatoire, 15 pays d’Afrique de l’Ouest ont finalement décidé de substituer le Franc des Colonies Françaises d’Afrique (CFA) à l’Eco en 2020. Un pas de « géant » salué par nombreux observateurs qui ont toujours considéré le CFA comme « une monnaie servile ». Mais l’Eco sera-t-elle véritablement la monnaie de la rupture ou simplement du FCFA ressuscité ?

En 2020, l’Eco sera la nouvelle monnaie des 15 États membres de la Communauté Economique des États de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) qui ont en partage le FCFA. D’ailleurs, La 55e session ordinaire de la Conférence des Chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO tenue le 29 juin dernier à Abuja ainsi que la 21ème session ordinaire de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA)  tenu le 12 juillet 2019 à Abidjan ont respectivement abordé le sujet.

A vrai dire, la machine Eco est en bonne marche. Tout semble être rouler pour faciliter sa circulation. Toutefois, l’Eco ne fait pas l’unanimité auprès de l’opinion africaine. Certains activistes et observateurs, sont presque convaincus qu’avec l’Eco, c’est le CFA qui renaitra sous une autre forme. En tous les cas, tout porte à le croire, d’autant plus que le discours tenu par le Président ivoirien au sortir de la 21ème session ordinaire de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’UEMOA porte à équivoque. En fait, Alassane Ouattara a pris le contrepied de la CEDEAO qui veut adopter le régime de change flexible assorti d’un cadre de politique monétaire axé sur le ciblage de l’inflation et le système fédéral pour la Banque Centrale Communautaire.

« Nous considérons que ce taux de change fixe vis-à-vis de l’Euro a bien servi nos économies à maîtriser l’inflation, nous permet d’avoir les taux de croissance les plus élevés du continent et d’améliorer la gouvernance dans tous les secteurs et surtout dans des meilleures conditions de vie pour les populations » a soutenu ADO dont le pays est un des poids lourds de la zone. Des propos qui laissent penser qu’effectivement l’Eco ne différera aucunement du CFA et ne sera pas une monnaie de rupture comme d’aucuns le pensent.  Ce sera du CFA bis, avancent même les plus pessimistes !

Rien de nouveau sous le soleil !

La position du Chef d’Etat ivoirien, ne rassure guerre certains analystes qui soutiennent mordicus que l’Eco et le CFA ne sont en réalité qu’une tromperie. La « monnaie servile » que représente le CFA à leurs yeux reviendra sous un autre format. Seule l’appellation va changer, mais la France continuera d’en tirer le plus de bénéfices dont une moitié est destinée à l’aide au développement et l’autre moitié transformée en prêt pour les pays africains qui vont continuer à lui créer de la richesse.

Le débat que suscite le CFA soulève tellement de passion que certains très en verve vis-à-vis des activistes africains qui vouent aux gémonies cette « monnaie servile », n’arrivent même plus à se contrôler. Mais une question mérite d’être posée. Si la France n’a aucun intérêt à tirer du CFA et plus tard de l’Eco, pourquoi le Président ivoirien s’est rendu à Paris pour rendre compte à son homologue français des travaux de Niamey et déclarer au sortir que le CFA est « une monnaie stabilisante ».  Cet acte renseigne à suffisance sur le rôle que joue Paris dans ce dossier.

Ouattara tout comme Macky Sall qui ne cachent pas qu’ils sont pro CFA, sont d’ailleurs vus par leurs populations comme des défenseurs des intérêts des français dans leur pays respectif. Mais, ils devraient reconnaitre que le CFA, reste une monnaie trop forte pour des économies aussi faibles que celles des Etats qu’ils dirigent. Et tout ceci pour dire que l’Eco tout comme le CFA restent des monnaies d’asservissement. Et, face au problème de souveraineté des Etats africains, pris en otage pour la plupart par la France, il faut des actes forts, réfléchis et beaucoup plus coordonnés, et surtout des dirigeants dignes prêts à couper le cordon ombilical qui demeure un goulot d’étranglement pour les populations africaines. Enfin, ces dirigeants doivent oser débattre avec leurs concitoyens sur ces questions monétaires.

Le problème de l’Afrique, ce sont ses dirigeants en manque de volonté pour changer de paradigme dans les relations qu’ils entretiennent avec l’occident en général, la France en particulier. Cela commence pour eux, par oser débattre avec leurs concitoyens sur ces questions monétaires par exemple . Dans aucun des pays concernés, un débat autour de l’Eco n’est organisé. Les gouvernants en font une affaire d’experts et excluent le peuple souverain.

 

 

 

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